Wednesday

24th May 2017

Investigation

Sexe et mensonges: l'information russe sur l'UE

  • La campagne russe en France prévoyait de se concentrer sur un seul message: "Tout sauf Macron" (Photo: blogocram)

Viol, pédophilie, inceste et sodomie. Les médias russes ciblent la France et l'Allemagne depuis plusieurs années avec des centaines d'histoires fausses ou erronées, dont beaucoup ont été conçues pour inciter à la répulsion sexuelle envers les demandeurs d'asile et les politiciens qui leur ont donné refuge.

Des théories du complot sur des attaques terroristes montées de toutes pièces et sur le nazisme ont également figuré dans la campagne russe de propagande à l'approche des élections françaises et allemandes.

  • Le ministère russe des Affaires étrangères a cautionné les fausses informations concernant le viol d'une adolescente en Allemagne (Photo: mid.ru)

L'information selon laquelle Lisa, une jeune fille de 13 ans d'origine russe vivant en Allemagne, aurait été violée par des migrants l'année dernière, en est l'un des exemples les plus connus.

Lisa, qui avait quitté son domicile depuis quelques jours, avait dit à sa famille qu'elle avait été enlevée et violée par des hommes arabes. La police allemande a déclaré que ce n'était pas vrai et la jeune fille a ensuite avoué avoir tout inventé. Mais l'information a été rapportée comme un fait avéré par toutes les grandes agences de presse russes. Elle a même été personnellement cautionnée par le ministre russe des Affaires étrangères.

La fausse information a également circulé pendant des mois sur des sites pro-russes dans toute l'Europe, en tchèque, en anglais, en hongrois ou en slovaque. Elle a été diffusés encore plus largement par des trolls et des robots russes sur les réseaux sociaux.

Le 17 janvier 2016, l'une des principales chaînes de télévision russes, Pervyi Kanal, a même diffusé une fausse interview sur YouTube avec la tante et l'oncle de Lisa, qu'elle a retiré par la suite.

Une partie d'argumentation russe étant que les autorités allemandes avaient étouffé l'affaire, les démentis officiels ont paradoxalement renforcé ce message, et l'histoire a continué à circuler bien après avoir été réfutée.

L'histoire de Lisa a été conçue pour nuire à la chancelière allemande Angela Merkel, une partisane des sanctions européennes contre la Russie, pour démontrer que sa politique d'accueil des réfugiés a mis les Allemands en péril. Elle a également été inventée dans le but de semer la haine ethnique au sein de la société allemande. Elle s'est accompagnée de manifestations organisées par des groupes d'expatriés russes.

L'épisode a permis de voir comment fonctionne le mode opératoire russe - comment des médias importants comme RT et Sputnik travaillent main dans la main avec des sites extrémistes et des blogueurs individuels, des trolls et des robots, pour propager la désinformation. Il a également montré comment ce qui est publié dans des langues de l'UE est traduit et relayé dans d'autres langues.

Il s'agit également de l'un des dizaines de cas utilisant les tabous sexuels pour manipuler les sentiments des gens.

EUobserver a étudié les 2 951 cas de fausses informations russes recueillis et publiés par East Stratcom, une cellule de contre-propagande du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), depuis octobre 2015.

La majeure partie des informations a été conçue pour légitimer la politique étrangère russe, comme l'annexion de la Crimée en Ukraine ou l'intervention militaire en Syrie.

Elles ont également été produites pour légitimer le pouvoir de plus en plus autoritaire du président russe Vladimir Poutine, en prétendant que l'Occident et l'Otan tentent d'encercler la Russie.

L'histoire de Lisa n'était que le début d'un long flux de fausses informations.

Sur 189 histoires identifiées par East Stratcom comme ayant visées directement la France et l'Allemagne, 28 d'entre elles (15%) étaient basées sur des insinuations sexuelles contre les migrants ou la communauté LGBTI dans ces pays.

Des dizaines d'autres ont utilisé des contenus sexuels visant d'autres États de l'UE, en particulier les pays du Nord de l'Europe, pour créer l'impression d'une situation d'urgence dans toute l'Europe à cause de Merkel, du président français François Hollande, et des institutions européennes.

East Stratcom base ses alertes sur le travail de journalistes et d'ONG à travers l'Europe. Le nombre réel de fausses informations sur la France et l'Allemagne est bien supérieur à 200. Mais la cellule du SEAE a plus de correspondants dans les anciens pays soviétiques et en d'Europe centrale et orientale que dans l'ouest et dans le nord de l'Europe, ce qui crée des angles morts dans sa recherche.

Un diplomate européen, sous couvert d'anonymat, note que l'utilisation du sexe comme arme de propagande n'est pas un hasard.

"Le sexe marque les esprits", note-t-il.

"Cela crée beaucoup d'émotions. Lorsque votre objectif n'est pas d'informer les gens, mais de les diviser, les déstabiliser, de rendre les sociétés plus fragmentés, plus apeurées, et plus en colère, c'est précisément le genre de message que vous recherchez," explique-t-il.

"Le sexe est utilisé car il mobilise émotionnellement," ajoute Jakub Janda, un chercheur du think tank praguois European Values, qui travaille avec East Stratcom. "Il soutient le récit selon lequel les dirigeants politiques occidentaux et allemands sont mous, et soit incapables soit sans la volonté de défendre nos propres citoyens ".

Viols commis par des migrants

L'histoire de Lisa est apparue en même temps que des informations déformées à propos des agressions sexuelles commises par des Arabes contre des femmes allemandes lors du réveillon du Nouvel An à Cologne en 2016.

Ces agressions ont eu lieu, mais les médias russes ont faussement affirmé que Merkel avait refusé de les condamner et que la police allemande n'était pas intervenue, par peur de ne pas être politiquement correcte.

En juin dernier, la télévision russe a rapporté qu'un migrant avait poussé une jeune Allemande sous un train. L'attaque était réelle, mais l'attaquant n'était pas un migrant. En septembre, des médias russes ont affirmé, sans aucune preuve, que des femmes dans de nombreuses villes allemandes avaient peur de sortir la nuit, de peur d'être violées par des migrants.

Ils ont également affirmé, sans preuve, que les tribunaux allemands étaient "débordés" par les crimes sexuels commis par des migrants et que la police allemande était débordée par le nombre de délits commis par des migrants. En février, des blogueurs russes ont publié de fausses informations selon lesquelles des migrants avaient agressé sexuellement des femmes lors du réveillon à Francfort.

Des manipulations du même genre ont été commises en France.

En mai 2016, l'émission phare de la télé russe, Vesti Nedeli, a cité Raphaëlle Tourne, une Française, disant que des migrants l'avaient abusée verbalement et qu'elle avait peur de sortir dans son propre quartier. Les citations avaient été inventées de toutes pièces.

En novembre dernier, un blogueur tchèque pro-russe a propagé une fausse information selon laquelle le gouvernement français avait convenu secrètement avec les radicaux islamiques de créer des zones régies par la charia, la loi islamique, pour opprimer les femmes.

En février, les médias russes ont faussement signalé, en inversant complètement le schéma d’accusation, qu’un soldat allemand d'unité de l'Otan en Lituanie avait violé une fille locale.

Dans une autre variante du sujet, un compte Facebook pro-russe assurait en février que des migrants avaient attaqué un prêtre catholique à Avignon, en France, alors l'agression en question avait eu lieu quatre ans auparavant.

Des sources russes ont également reproduit des histoires à caractère sexuel impliquant des migrants en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Finlande, en Italie, en Norvège et en Suède. Elles ont rapporté, sans avancer de preuve, que des migrants avaient violé des écolières en Finlande. Elles ont affirmé que l'Autriche avait acquitté un migrant qui aurait violé un garçon de 10 ans, alors même que ce violeur présumé n'avait pas été acquitté.

D'autres sources ont faussement affirmé que des migrants, dans un monastère à Milan, en Italie, avaient mis enceintes cinq nonnes qui leur avaient donné refuge. Elles ont également assuré qu'un migrant avait agressé sexuellement une fille de 17 ans au Danemark, utilisant pour cette histoire des photos d'un incident vieux de plusieurs années.

Elles ont aussi rapporté de soi-disant viols massifs perpétrés par des migrants en Belgique et en Suède, le pays qui accueille le plus de réfugiés par habitant en Europe, et qui, selon les médias russes, est de ce fait devenue "la capitale de la criminalité en Europe".

Cette campagne destinée à provoquer de la répulsion sexuelle et politique a également utilisé un élément encore plus original.

En janvier dernier, des médias pro-russes ont affirmé que l'Allemagne avait embauché des prostituées tchèques pour qu’elles aient des relations sexuelles avec des migrants afin de répandre des maladies sexuellement transmissibles en République tchèque pour se venger du refus de Prague de participer aux mécanisme de répartition des demandeurs d'asile dans l'UE.

En février dernier, ils ont répandu la nouvelle sans fondement selon laquelle la bestialité était en hausse en Allemagne en raison d'immigrants africains. En novembre 2015, un site tchèque pro-russe a assuré que l'Allemagne prévoyait de légaliser la pédophilie dans l'UE. En avril 2016, un blogueur russe a rapporté que les pays occidentaux prévoyaient de légaliser l'inceste, le cannibalisme et la nécrophilie.

En mai, le journal russe Pravda a écrit que Merkel était lesbienne et voulait légaliser la pédophilie, En octobre, la chaîne russe Ren TV a affirmé que les hommes européens voulaient pratiquer la polygamie parce qu'ils étaient jaloux des migrants musulmans qui avaient plus d'une femme.

Dans une autre variante du thème, un utilisateur des réseaux sociaux russes a répandu une rumeur, en janvier, selon laquelle la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström, serait une féministe si extrême qu'elle préconisait la castration à grande échelle des hommes blancs.

Les faiseurs d’opinion

Personne n'a encore procédé à des sondages détaillés sur l'influence de ces histoires sur l'opinion publique française ou allemande.

Mais un sondage réalisé par l’institut américain Pew l'an dernier indiquait que la propagande russe avait déjà trouvé une place importante en Europe.

L'enquête indiquait qu’entre 25 et 30% des personnes interrogées en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, pensaient qu'il n'y avait pas de troupes russes dans l'est de l'Ukraine, en dépit des nombreuses preuves tangibles qui prouvent le contraire.

Il n'existe pas non plus d'étude détaillée sur la façon dont les médias russes fonctionnent avec les sites et les blogueurs individuels, afin de savoir lesquels parmi ces petits éditeurs sont des agents du Kremlin et lesquels propagent un faux contenu parce qu'ils les croient vrai.

"Cet énorme écosystème [médiatique] comporte des parties différentes avec des objectifs différents ... et notre connaissance de ce sujet est encore très limitée," confie le diplomate européen.

"C'est assez effrayant et il est évident qu'ils connaissent bien mieux notre public que nous les connaissons."

"Nous devons savoir combien il existe de multiplicateurs orientés vers la désinformation, qui est là davantage pour inventer une rumeur supplémentaire, pour fournir aux médias dans d'autres langues du contenu axé sur la désinformation, pour toucher le public en général, tout en s'adressant aux formateurs d'opinion", observe-t-il.

Il ajoute que "certaines parties [de cet écosystème] fonctionnent définitivement indépendamment du cerveau central qu’est la Russie", et note que si des médias ou des blogueurs européens relayaient en toute bonne foi le "cerveau central", ce serait "le résultat idéal de cet incroyable bombardement informationnel".

"Ces cas sont en fait encore plus dangereux lorsqu'un média non rattaché au Kremlin répand une désinformation pro-Kremlin, car cette désinformation bénéficie de plus de crédibilité", estime-t-il.

Le faible lectorat de certains médias pro-russes ne signifie pas qu'ils sont inoffensifs, car ils visent également des "faiseurs d'opinion", explique le diplomate.

"Vous pouvez le voir comme une campagne publicitaire," dit-il.

"Vous pouvez avoir quelques doutes quant à savoir si une publicité imprimée dans un magazine lu par 500 personnes vaut l'argent dépensé, surtout si la même entreprise a également des publicités à la télévision, la radio et sur internet ... Mais si l'entreprise sait que ces 500 lecteurs sont importants pour elle, et qu'ils pourraient avoir une influence sur une autre audience, c'est finalement de l'argent bien dépensé ".

Des valeurs orthodoxes

Les histoires de viols commis par des migrants font partie d'un récit plus vaste encore qui dépeint Poutine et les partis d'extrême-droite européens pro-Poutine comme des gardiens des valeurs traditionnelles.

Elles ont circulé en même temps que de fausses informations homophobes visant à inciter au dégoût contre la communauté LGBTI en Europe, ainsi que contre les politiciens libéraux qui défendent les droits des minorités sexuelles, comme Merkel ou Emmanuel Macron, un candidat à la présidence française, ou encore les institutions européennes.

Dans une intervention directe dans la campagne présidentielle française, une chaîne de télévision russe a répandu en mars des rumeurs selon lesquelles Macron, un pro-UE critique envers la Russie, entretenait une relation gay.

La télévision russe avait aussi affirmé en février dernier que le Parlement européen faisait la promotion de l'homosexualité en France pour effacer les différences entre hommes et femmes.

L'été dernier, les médias russes expliquaient que les Français étaient choqués par les hooligans russes, pendant l'Euro de football en France, parce que leur idée de la masculinité avait été dégradée par le spectacle des hommes participants aux parades de la Gay Pride.

Tous ces contenus homophobes ont aussi une dimension pan-européenne.

Un exemple typique est un article d'un journal pro-russe en Géorgie, disant en mai dernier que les élites européennes avaient été "capturées" par les militants LGBT. En juin, un site russe affirmait que les Européens étaient forcés de devenir gays.

Comme pour l'histoire de l'attaque du prêtre à Avignon, le thème homophobe a été utilisé en conjonction avec de fausses informations sur la religion.

En janvier 2016, Igor Druz, un combattant pro-russe en Ukraine, présenté comme un expert à l'Institut russe d'études stratégiques, déclarait à un site internet russe que les dirigeants européens essayaient “d'éradiquer le christianisme".

Homophobie

L'an dernier, des médias pro-russes ont rapporté que la Cour européenne des droits de l'homme basée à Strasbourg envisageait d'interdire le baptême et que dans l'UE, les gens se promenant dans la rue et portant des bijoux avec des croix chrétiennes, étaient condamnés à une amende.

Les opérations d'influence venant du Kremlin manquent souvent de cohérence.

La Russie se présente comme un rempart contre la montée du fascisme en Europe tout en soutenant par ailleurs des partis néo-nazis tels que le NPD allemand, ou le mouvement d'extrême droite allemand Pegida.

Elle soutient principalement des partis d'extrême-droite, comme le Front National en France ou l’Alternative pour l'Allemagne (AfD), mais elle soutient également des partis anti-européens d'extrême-gauche tels que le Parti communiste et le Front de gauche en France et Die Linke en Allemagne.

Dans ce contexte, la position centrale de l'homophobie dans l'idéologie anti-UE du Kremlin est clairement illustrée par sa non-coopération avec Geert Wilders, le principal politicien anti-européen aux Pays-Bas.

Wilders ne rentre pas dans les schémas en raison de ses positions vis-à-vis des questions de moeurs, estime Anton Shekhovtsov, expert sur la Russie à l'Institut des sciences humaines à Vienne. "Les acteurs russes qui s'engagent à établir des relations avec l'extrême-droite européenne sont homophobes. Cela pourrait affaiblir Wilders, qui se positionne comme pro-LGBTI".

Le sexe mis à part, la campagne russe contre la France et l'Allemagne exploite également les thèmes du terrorisme et du traumatisme historique que constitue le nazisme.

La propagande russe dans ce domaine manque également de cohérence.

Les dirigeants européens sont accusés d'être trop faibles pour protéger leurs citoyens contre les terroristes d'origine étrangère. Dans le même temps, les dirigeants européens et américains sont accusés d'avoir organisé secrètement des attaques djihadistes; pour avoir un prétexte pour imposer une politique plus supranationale.

Ce flux de fausses informations a commencé avec des articles en allemand et en tchèque expliquant que les autorités françaises ont "organisé" la fusillade de Charlie Hebdo, un magazine satirique, à Paris en janvier 2015, pour justifier une répression contre le Front National.

En mars 2016, des sources d'information russes ont affirmé que Merkel avait organisé les attaques de Bruxelles et ont publié ce qu'elles ont présenté comme un "selfie" de la chancelière avec l'un des terroristes, mais qui était en réalité une photo prise avec un réfugié syrien n’ayant aucun lien avec les attaques.

D'autres sources ont soutenu que les États-Unis avaient organisé l'attaque au camion à Nice en juillet dernier, pour punir les Français d’avoir protesté contre le traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis alors en négociations.

Les services de renseignement allemands ont également été accusés d'avoir organisé les agressions sexuelles lors du réveillon du Nouvel An à Cologne et d'avoir perpétré un incendie criminel contre Frauke Petry, la leader du principal parti anti-européen en Allemagne, l’AfD.

Germanophobie

Un autre thème de propagande affirme que Merkel est une nazie cachée qui voudrait imposer la domination allemande en Europe.

Ces accusations sont conçues pour susciter de la germanophobie dans les pays de l'UE, dont beaucoup ont subi d'énormes pertes lors de la Seconde Guerre Mondiale. Elles ont également pour but de légitimer l'autoritarisme et le revanchisme de Poutine en allusion à Staline, dont le régime totalitaire a vaincu les forces hitlériennes.

En présentant l'UE comme un vecteur du supposé programme de Merkel, elles sont aussi conçues pour promouvoir les partis anti-européens.

En décembre 2015, la chaîne russe Ren TV a faussement affirmé que le nazisme serait en hausse en Allemagne parce que le livre d’Hitler, Mein Kampf, avait été à nouveau publié. Une histoire publiée dans les médias géorgiens en avril 2016 racontait que Merkel était la fille d'Hitler.

En juin dernier et en février cette année, plusieurs articles ont affirmé que des soldats allemands, envoyés en Lituanie dans le cadre d'un bataillon de l'Otan pour dissuader une agression russe, étaient en réalité des forces d'occupation basées sur le modèle de l'opération Barbarossa - le plan d'Hitler pour conquérir l'Union soviétique.

Une histoire dans les médias tchèques en février assurait aussi que la Pologne avait été cooptée dans le "Quatrième Reich" allemand.

En février 2016, des articles expliquaient que la Commission européenne était fondée sur des idées nazies. Ils faisaient référence à Walter Hallstein, son premier président, qui avait servi dans l'armée allemande dans la France occupée de l’époque, mais qui en réalité rejetait l'idéologie nazie.

Deux mois plus tard, d'autres d'histoires en langues tchèque, anglaise et russe décrivaient l'UE comme une continuation des plans nazis. Elles expliquaient que l'UE était un régime totalitaire qui imposait une loyauté envers Merkel et que les enfants européens devaient câliner des poupées hitlériennes avant de se coucher.

Théories du complot

Certaines histoires informations se sont aventurées encore plus loin dans les théories conspirationnistes les plus farfelues.

Le site d'information Sputnik, financé par le Kremlin, a signalé que le nouveau bâtiment de l'OTAN à Bruxelles avait été conçu en prenant pour modèle l'insigne des brigades "SS" nazies.

Infowars.com, un blog britannique, a cité David Icke, un ancien présentateur de télévision anglais qui croit que le monde est gouverné par des lézards extraterrestres, pour assurer que l'UE et les États-Unis ont organisé la crise migratoire pour imposer un nouvel ordre mondial.

Un journal pro-russe en Géorgie a également rapporté en juin dernier que les dirigeants européens avaient participé à un rituel satanique dans un tunnel ferroviaire en Suisse.

Pour le diplomate européen interrogé par EUobserver, les théories du complot constituent une partie "plus petite" mais "essentielle" de la campagne de désinformation russe contre les minorités marginalisées dans la société européenne.

"Regardez comment les conspirations anti-juives ont fait le jeu de Hitler. Pour une société déstabilisée, les conspirations sont un message plutôt agréable, car elles disent aux gens que ce n'est pas de leur faute, qu'ils ont quelqu'un d'autre à blâmer ", note-t-il. "Ces conspirations trouvent leur public et elles aident à faire valoir ce message général: "Ne faites confiance à personne. Rien n'est sûr. Ayez peur", a-t-il prévenu.

Janda, du think tank tchèque, estime que les théories du complot du Kremlin sont conçues pour recruter des extrémistes qui écriront de fausses informations, en utilisant des moyens idéologiques plutôt que financiers. Les conspirations font appel à la pensée propre des Européens, ce qui rend ces derniers plus susceptibles de faire confiance et de reproduire "gratuitement" les histoires russes les moins étranges, explique-t-il.

"La Russie s'empare les théoriciens conspirationnistes et les extrémistes [occidentaux] dans un sens idéologique en leur fournissant des récits qui ont un sens pour eux," ajoute-t-il. Ces personnes répètent les fausses informations "gratuitement parce qu'elles y croient".

Breitbart et tabloïds britanniques

Le mandat d'East Stratcom, tel que défini par le SEAE, est de contrer "les campagnes de désinformation russes". Sa revue de désinformation a toutefois également inclus quelques histoires repérées sur le site américain ultra-conservateur Breitbart et dans les tabloïds eurosceptiques britanniques.

Les histoires de Breitbart reflètent de manière frappante les messages russes anti-migrants.

En janvier 2016, un article publié par le bureau londonien de Breitbart a publié une histoire similaire à celle publiée par deux médias tchèques pro-russes qui affirmaient que le chef de Pegida, un mouvement allemand d'extrême droite, était poursuivi par le "système" allemand pour avoir porté un tee-shirt avec l'inscription "Rapefugees Not Welcome" (les réfugiés violeurs ne sont pas les bienvenus). La plainte en question avait en fait été déposée par Jürgen Kasek, un responsable local des Verts.

Une autre histoire publiée par Breitbart en janvier de cette année assurait qu'une foule criant "Allahu Akhbar!" avait mis le feu à la "plus ancienne église" allemande, St. Reindold à Dortmund. Un petit incendie a en effet été accidentellement déclenché par un feu d'artifice lors des célébrations du Nouvel An, et avait atteint des échafaudages. L'église en question n'était de plus pas la plus ancienne d'Allemagne, ce qui a diminuait sa valeur symbolique.

En octobre, un article du Sun, le tabloïd le plus vendu en Grande-Bretagne, affirmait que les autorités allemandes payaient un réfugié syrien ayant quatre femmes et 23 enfants, 360 000 € par an en aides sociales.

Aucune preuve ne permet encore de relier Breitbart au Kremlin, mais le FBI examine cette possibilité dans le cadre d'une enquête plus large sur les élections américaines de l'an dernier, confie le diplomate européen. Breitbart était jusque récemment dirigé par Steve Bannon, aujourd’hui stratège en chef de Donald Trump à la Maison Blanche.

Selon le diplomate, les tabloïds britanniques, tels que le Sun, le Daily Mail et le Daily Express, qui ont publié des centaines d’articles erronés anti-européens et anti-immigration, l’ont fait dans des "un but de politique nationale" pour pouvoir justifier la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE.

Le diplomate note toutefois que si les institutions européennes se plaignaient de la désinformation dans les médias britanniques, français ou allemands, elles risqueraient de nourrir le sentiment anti-européen parce qu’elles seraient accusées d'ingérence dans les questions de souveraineté nationale.

Dommages à long terme

Jakub Janda estime que la propagande russe cible de plus en plus Macron à la veille de la présidentielle française. "L’objectif russe est clair: tout sauf Macron", dit-il, ajoutant que la capacité de Moscou à faire basculer le résultat dépendra d’ « à quel point ils réussiront à nuire à Macron».

En février, après que des rumeurs d’homosexualité aient été répandues, un faux site copiant le site du quotidien belge Le Soir a fait croire que la campagne de Macron était largement financée par l'Arabie Saoudite. Cette fausse information a notamment été tweetée par la députée Front National Marion Maréchal-Le Pen.

Le diplomate européen prédit que la campagne russe pour les élections allemandes, à l’automne, se concentrera principalement sur les migrants "avec encore plus de fausses victimes, de fausses histoires et en accentuant le récit selon lequel l'Allemagne est en train de s'effondrer à cause de la politique d'immigration menée par Merkel".

Les médias français et allemands traditionnels ont lancé leurs propres efforts de réfutation des fausses informations, du même type qu’East Stratcom et les autorités allemandes prennent désormais des mesures réglementaires pour réprimer ces fausses nouvelles. Reste à voir si la Russie pourra réaliser en Europe ce qu'elle a aidé à réaliser aux États-Unis avec l’élection-choc du populiste Donald Trump.

Mais la campagne médiatique russe, qui a commencé bien avant le lancement d’East Stratcom, ne devrait pas se terminer après les élections françaises et allemandes, même si elles ne donnent pas le résultat que Moscou souhaiterait.

Les médias américains d'extrême droite, tels que Breitbart, et les tabloïds britanniques étaient d’ailleurs déjà actifs des années avant l’élections de Trump et le référendum sur le Brexit, avec pour même objectif d’aider à susciter des sentiments anti-système ou anti-européen avec des racines toujours plus profondes et des branches encore plus élargies.

Leurs actions ont abouti à un moment où d'autres facteurs politiques et économiques convergeaient pour créer un environnement favorable.

"L'écosystème" de propagande russe, avec ses médias financés par le Kremlin, son utilisation d’alliés utiles mais idiots, et son accent sur des questions extrêmement émotives, crée désormais un terrain fertile en Europe pour des chocs politiques de court ou de long terme.

"Le sexe marque les esprits", comme le fait remarquer le diplomate européen.

Cet article a été originellement publié en anglais

This article was originally published in English

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