Friday

23rd Jun 2017

Comment les cyber-activistes ont essayé de nuire à Macron

  • Les informations anti-Macron sont principalement diffusées par la soi-disant patriosphère (Photo: Lorie Shaull)

Rumeurs, fausses informations et fuites propagées sur Internet ont tenté de discréditer Emmanuel Macron dans les derniers jours avant le second tour de l'élection présidentielle française.

Il ne s'agissaient que des dernières tentatives pour influencer le résultat du vote, principalement en faveur de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen, candidate anti-UE dont le parti est partiellement financé par la Russie.

  • La foule a célébré la victoire de Macron au Louvre à Paris le 8 mai (Photo: Lorie Shaull)

Les publications anti-Macron ont principalement été diffusées par "patriosphère" - un groupe composé d’identitaires, de militants du Front national et de Républicains très à droite.

Pendant les derniers jours avant le vote, de nouvelles rumeurs ont été répandues de l’autre côté de l’Atlantique par d'activistes d'extrême droite américains et relayées par des comptes français d’extrême droite.

La rumeur principale voulait que Macron possède un compte caché aux Bahamas.

Pour comprendre comment l’opération a fonctionné, il faut revenir à une étude que j’ai faite en avril sur les communautés qui relayaient le plus les actualités créées par les médias officiels russes. (Sputnik et Russia Today).

Pour ce faire, j’ai recueilli 2 mois et demi d’activité sur ces comptes afin de voir les contenus postés et les utilisateurs touchés. La deuxième étape de mon travail a été de rassembler les utilisateurs qui ont été captés à de nombreuses reprises. Je me suis focalisé sur les 6 006 profils qui partageaient le plus leurs articles et j’ai analysé la façon dont ses gens se suivaient sur le réseau social Twitter.

Lorsque je compare la base de données des francophones qui ont propagé la rumeur des Bahamas avec la base de données de mon étude sur les Russes, j’obtiens des concordances extrêmement hautes : au-delà de 60%. Cela signifie que la plupart des comptes partageant des rumeurs anti-Macron sont les mêmes que ceux qui partagent habituellement des informations des médias d’État russes.

J’ai retrouvé le même modèle deux jours plus tard lorsque des informations piratées de la campagne de Macron ont été divulguées par des activistes américains et diffusées par des communautés francophones pro-russes et d’extrême droite.

Cette fois, les fuites avaient également été propagées par des comptes utilisés par le Front national pour des "opérations de réponse".

Plus tôt dans la campagne, différentes méthodes avaient été utilisées contre les différents candidats; la plupart impliquant la "patriosphère".

La première méthode consistait en l’utilisation "d’équipes de riposte" qui visaient directement les candidats.

Des hashtags hostiles ont régulièrement atteints les listes de tendances sur Twitter. #FaridFillon - en référence au candidat conservateur François Fillon - #DemasquonsMacron, ou #FillonGate.

La technique est surtout utilisée par les militants numériques de Marine Le Pen.

Ils conviennent d’un jour particulier et d’une heure particulière. Au moment du rendez-vous, ils se mobilisent à environ 1 800 comptes Twitter pour crier le slogan à mettre en trending topic. Ils pilotent le tout sur la plateforme de discussion Discord ou par groupe privé sur Twitter. L’objectif est d’obtenir la visibilité garantie par les tendances de Twitter tout en essayant d’obtenir un peu de visibilité auprès de la presse et des médias.

Une deuxième méthode consistait en l’infiltration.

Des acteurs du Front National ont créé des 3 comptes supporters d’Emmanuel Macron avec l’objectif de rassembler autour de ces comptes un certain nombre de fans d’En Marche.

Pour ce faire, ils ont envoyé des tweets pro-Macron pendant une certaine période. Peu de temps avant la fin de la campagne, ils ont ensuite annoncé retirer leur soutien au candidat suite à une polémique en rapport avec l’Islam et un soutien de Macron.

Le subterfuge a été découvert par le fait que les comptes avaient « liké » beaucoup de messages de l’extrême droite durant leur activité.

Une troisième méthode consistait à "recadrer" des informations et à créer de fausses.

Avec le recadrage, les faits sont les mêmes, mais les membres de la patriosphère vont souligner certains aspects, parfois en allant même jusqu’à surligner les éléments importants pour eux. Enfin, ils donneront un décryptage du fait. La manière de l’interpréter.

Par exemple des militants se sont saisis du fait que la France soit le pays au monde qui a le plus demandé à Twitter de supprimer des contenus.

"La dictature socialiste n’a jamais aussi bien porté son nom!", a posté un utilisateur sur Twitter, négligeant le fait important que les contenus supprimés était principalement de nature radicale, raciste et antisémite, ou violente.

Les informations peuvent également être recadrées en supprimant délibérément certains éléments pour en modifier la signification.

Des activistes se sont également emparés d’une vidéo montrant Macron se lavant les mains après avoir manipulé du poisson lors d'une rencontre avec des pêcheurs.

Ils n’ont fait circuler que la partie où Macron se lave les mains. Ils l'ont ensuite liée à une ancienne histoire publiée par Le Gorafi, un site internet satirique, sous le titre "Quand je serre la main d’un pauvre, je me sens sale pour toute la journée". Cette ancienne histoire était une parodie, mais les activistes anti-Macron l'ont transformée en information factuelle.

Un compte Twitter publiant de courtes vidéos de débats ou de meetings électoraux, Ridicule TV, a également été créé pour se moquer des principaux candidats à la présidentielle, en particulier Macron, à l'exception de François Fillon.

Le compte avait été créé par des militants pro-Fillon, dont certains étaient membres de son équipe de campagne.

Dans une opération encore plus élaborée, un activiste ou une organisation a copié le site du quotidien belge Le Soir - avec le même logo et la même mise en page, mais sous l’adresse de lesoir.info, au lieu de lesoir.be - et a publié une prétendue dépêche de l’AFP affirmant que Macron était financé par l’Arabie Saoudite.

Le lien vers l'article a été envoyé par de faux comptes aux noms génériques à des médias et à d’autres comptes anti-Macron pour qu’ils le diffusent à leur tour.

Quelques jours plus tard, l’histoire a même été reprise par la nièce de Le Pen, la députée Marion Maréchal-Le Pen.

Une autre opération a consisté à utiliser la plateforme de blog d’un média traditionnel afin de donner de la crédibilité à des fausses informations.

Un article a ainsi été posté sur la plateforme du site d’investigations Mediapart, décrivant Macron comme un nouveau Jérôme Cahuzac, un ancien ministre du Budget qui avait dû démissionner après des révélations sur des comptes cachés en Suisse et à Singapour.

Plus de 80 comptes Twitter ont été créés du jour au lendemain et activés un samedi matin pour aider l’article à atteindre la liste des "trending topics" (sujets tendances).

Très vite, j’ai identifié la méthode et je l’ai dénoncée dans un tweet. 45 minutes après mon tweet, toutes les traces avaient été effacées. La tentative avait été tuée dans l’œuf, mais je n’ai pas pu observer la propagation complète.

Une autre tentative a été menée, cette fois en utilisant la plateforme de blog de L’Express. L'hebdomadaire a découvert la manoeuvre quand une publication, elle aussi affirmant que Macron avait un compte caché, est devenue l’une des plus lues sur le site et il a donc décidé de supprimer le texte.

La rédaction de l’Express décida de supprimer l’article en question. Loin de se débiner, les communautés de la patriosphère ont pointé la suppression de l’article, signe qu’Emmanuel Macron serait protégé par les médias dans leur ensemble.

Ces opérations ont été organisées utilisant des écrans de fumée et un cheval de Troie. La première étape consistait à créer le cheval de Troie avec autant de crédibilité que possible, c’est-à-dire en copiant des médias réels ou en publiant un article de blog sur ces mêmes médias.

La deuxième étape impliquait la création d’écrans de fumée, c’est-à-dire des robots ou faux comptes qui aident à envoyer le cheval de Troie aux bons endroits: aux communautés qui partageront l’histoire sans trop se préoccuper de son origine.

Ce procédé explique également pourquoi il est si difficile d’identifier avec certitude l’origine d’une rumeur. Parce que ceux qui la partagent ne sont pas nécessairement ceux qui l’ont créée.

Nicolas Vanderbiest est un PhD assistant à l'Université de Louvain et un expert en médias sociaux. Il tien un blog sur l'influence Web.

Cet article a été originellement publié en anglais

This article was originally published in English

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