Sunday

22nd Oct 2017

Comment les cyber-activistes ont essayé de nuire à Macron

  • Les informations anti-Macron sont principalement diffusées par la soi-disant patriosphère (Photo: Lorie Shaull)

Rumeurs, fausses informations et fuites propagées sur Internet ont tenté de discréditer Emmanuel Macron dans les derniers jours avant le second tour de l'élection présidentielle française.

Il ne s'agissaient que des dernières tentatives pour influencer le résultat du vote, principalement en faveur de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen, candidate anti-UE dont le parti est partiellement financé par la Russie.

Thank you for reading EUobserver!

Subscribe now for a 30 day free trial.

  1. €150 per year
  2. or €15 per month
  3. Cancel anytime

EUobserver is an independent, not-for-profit news organization that publishes daily news reports, analysis, and investigations from Brussels and the EU member states. We are an indispensable news source for anyone who wants to know what is going on in the EU.

We are mainly funded by advertising and subscription revenues. As advertising revenues are falling fast, we depend on subscription revenues to support our journalism.

For group, corporate or student subscriptions, please contact us. See also our full Terms of Use.

If you already have an account click here to login.

  • La foule a célébré la victoire de Macron au Louvre à Paris le 8 mai (Photo: Lorie Shaull)

Les publications anti-Macron ont principalement été diffusées par "patriosphère" - un groupe composé d’identitaires, de militants du Front national et de Républicains très à droite.

Pendant les derniers jours avant le vote, de nouvelles rumeurs ont été répandues de l’autre côté de l’Atlantique par d'activistes d'extrême droite américains et relayées par des comptes français d’extrême droite.

La rumeur principale voulait que Macron possède un compte caché aux Bahamas.

Pour comprendre comment l’opération a fonctionné, il faut revenir à une étude que j’ai faite en avril sur les communautés qui relayaient le plus les actualités créées par les médias officiels russes. (Sputnik et Russia Today).

Pour ce faire, j’ai recueilli 2 mois et demi d’activité sur ces comptes afin de voir les contenus postés et les utilisateurs touchés. La deuxième étape de mon travail a été de rassembler les utilisateurs qui ont été captés à de nombreuses reprises. Je me suis focalisé sur les 6 006 profils qui partageaient le plus leurs articles et j’ai analysé la façon dont ses gens se suivaient sur le réseau social Twitter.

Lorsque je compare la base de données des francophones qui ont propagé la rumeur des Bahamas avec la base de données de mon étude sur les Russes, j’obtiens des concordances extrêmement hautes : au-delà de 60%. Cela signifie que la plupart des comptes partageant des rumeurs anti-Macron sont les mêmes que ceux qui partagent habituellement des informations des médias d’État russes.

J’ai retrouvé le même modèle deux jours plus tard lorsque des informations piratées de la campagne de Macron ont été divulguées par des activistes américains et diffusées par des communautés francophones pro-russes et d’extrême droite.

Cette fois, les fuites avaient également été propagées par des comptes utilisés par le Front national pour des "opérations de réponse".

Plus tôt dans la campagne, différentes méthodes avaient été utilisées contre les différents candidats; la plupart impliquant la "patriosphère".

La première méthode consistait en l’utilisation "d’équipes de riposte" qui visaient directement les candidats.

Des hashtags hostiles ont régulièrement atteints les listes de tendances sur Twitter. #FaridFillon - en référence au candidat conservateur François Fillon - #DemasquonsMacron, ou #FillonGate.

La technique est surtout utilisée par les militants numériques de Marine Le Pen.

Ils conviennent d’un jour particulier et d’une heure particulière. Au moment du rendez-vous, ils se mobilisent à environ 1 800 comptes Twitter pour crier le slogan à mettre en trending topic. Ils pilotent le tout sur la plateforme de discussion Discord ou par groupe privé sur Twitter. L’objectif est d’obtenir la visibilité garantie par les tendances de Twitter tout en essayant d’obtenir un peu de visibilité auprès de la presse et des médias.

Une deuxième méthode consistait en l’infiltration.

Des acteurs du Front National ont créé des 3 comptes supporters d’Emmanuel Macron avec l’objectif de rassembler autour de ces comptes un certain nombre de fans d’En Marche.

Pour ce faire, ils ont envoyé des tweets pro-Macron pendant une certaine période. Peu de temps avant la fin de la campagne, ils ont ensuite annoncé retirer leur soutien au candidat suite à une polémique en rapport avec l’Islam et un soutien de Macron.

Le subterfuge a été découvert par le fait que les comptes avaient « liké » beaucoup de messages de l’extrême droite durant leur activité.

Une troisième méthode consistait à "recadrer" des informations et à créer de fausses.

Avec le recadrage, les faits sont les mêmes, mais les membres de la patriosphère vont souligner certains aspects, parfois en allant même jusqu’à surligner les éléments importants pour eux. Enfin, ils donneront un décryptage du fait. La manière de l’interpréter.

Par exemple des militants se sont saisis du fait que la France soit le pays au monde qui a le plus demandé à Twitter de supprimer des contenus.

"La dictature socialiste n’a jamais aussi bien porté son nom!", a posté un utilisateur sur Twitter, négligeant le fait important que les contenus supprimés était principalement de nature radicale, raciste et antisémite, ou violente.

Les informations peuvent également être recadrées en supprimant délibérément certains éléments pour en modifier la signification.

Des activistes se sont également emparés d’une vidéo montrant Macron se lavant les mains après avoir manipulé du poisson lors d'une rencontre avec des pêcheurs.

Ils n’ont fait circuler que la partie où Macron se lave les mains. Ils l'ont ensuite liée à une ancienne histoire publiée par Le Gorafi, un site internet satirique, sous le titre "Quand je serre la main d’un pauvre, je me sens sale pour toute la journée". Cette ancienne histoire était une parodie, mais les activistes anti-Macron l'ont transformée en information factuelle.

Un compte Twitter publiant de courtes vidéos de débats ou de meetings électoraux, Ridicule TV, a également été créé pour se moquer des principaux candidats à la présidentielle, en particulier Macron, à l'exception de François Fillon.

Le compte avait été créé par des militants pro-Fillon, dont certains étaient membres de son équipe de campagne.

Dans une opération encore plus élaborée, un activiste ou une organisation a copié le site du quotidien belge Le Soir - avec le même logo et la même mise en page, mais sous l’adresse de lesoir.info, au lieu de lesoir.be - et a publié une prétendue dépêche de l’AFP affirmant que Macron était financé par l’Arabie Saoudite.

Le lien vers l'article a été envoyé par de faux comptes aux noms génériques à des médias et à d’autres comptes anti-Macron pour qu’ils le diffusent à leur tour.

Quelques jours plus tard, l’histoire a même été reprise par la nièce de Le Pen, la députée Marion Maréchal-Le Pen.

Une autre opération a consisté à utiliser la plateforme de blog d’un média traditionnel afin de donner de la crédibilité à des fausses informations.

Un article a ainsi été posté sur la plateforme du site d’investigations Mediapart, décrivant Macron comme un nouveau Jérôme Cahuzac, un ancien ministre du Budget qui avait dû démissionner après des révélations sur des comptes cachés en Suisse et à Singapour.

Plus de 80 comptes Twitter ont été créés du jour au lendemain et activés un samedi matin pour aider l’article à atteindre la liste des "trending topics" (sujets tendances).

Très vite, j’ai identifié la méthode et je l’ai dénoncée dans un tweet. 45 minutes après mon tweet, toutes les traces avaient été effacées. La tentative avait été tuée dans l’œuf, mais je n’ai pas pu observer la propagation complète.

Une autre tentative a été menée, cette fois en utilisant la plateforme de blog de L’Express. L'hebdomadaire a découvert la manoeuvre quand une publication, elle aussi affirmant que Macron avait un compte caché, est devenue l’une des plus lues sur le site et il a donc décidé de supprimer le texte.

La rédaction de l’Express décida de supprimer l’article en question. Loin de se débiner, les communautés de la patriosphère ont pointé la suppression de l’article, signe qu’Emmanuel Macron serait protégé par les médias dans leur ensemble.

Ces opérations ont été organisées utilisant des écrans de fumée et un cheval de Troie. La première étape consistait à créer le cheval de Troie avec autant de crédibilité que possible, c’est-à-dire en copiant des médias réels ou en publiant un article de blog sur ces mêmes médias.

La deuxième étape impliquait la création d’écrans de fumée, c’est-à-dire des robots ou faux comptes qui aident à envoyer le cheval de Troie aux bons endroits: aux communautés qui partageront l’histoire sans trop se préoccuper de son origine.

Ce procédé explique également pourquoi il est si difficile d’identifier avec certitude l’origine d’une rumeur. Parce que ceux qui la partagent ne sont pas nécessairement ceux qui l’ont créée.

Nicolas Vanderbiest est un PhD assistant à l'Université de Louvain et un expert en médias sociaux. Il tien un blog sur l'influence Web.

Cet article a été originellement publié en anglais

This article was originally published in English

Analysis

How online activists tried to harm Macron

Trojan horses, smoke screens, framed news, and fake news - the final days of the French election saw an outburst of online violence, most of it against Macron.

Investigation

Débat sur le rôle de la Russie dans le piratage de Macron

Le renseignement américain estime que la Russie est derrière le piratage du nouveau président français avant son élection. Un cyber-expert en doute et note que les journalistes européens sont aussi dans la ligne de mire de Moscou.

Analysis

Macron, nouveau monarque franco-européen

Le nouveau président français a célébré sa victoire en mêlant la pompe républicaine et la foi européenne. Mais pour réussir, il devra aussi faire la révolution.

News in Brief

  1. Rajoy to trigger Article 155 on Saturday in Catalan crisis
  2. EU conducts unannounced inspection of German car firm
  3. Lithuania calls for new EU energy laws
  4. EU leaders aim for December for defence cooperation
  5. Juncker says hands tied on Russia pipeline
  6. Czechs set to elect billionaire Andrej Babis
  7. Italian regions hold referendums on more autonomy
  8. EU leaders refuse to mediate Catalonia conflict

Stakeholders' Highlights

  1. Mission of China to the EUPresident Xi Jinping Proposes Stronger Global Security Governance at Interpol Assembly
  2. European Friends of ArmeniaEU Engagement Could Contribute to Lasting Peace in Nagorno-Karabakh
  3. UNICEFViolence in Myanmar Driving 12,000 Rohingya Refugee Children Into Bangladesh Every Week
  4. European Jewish CongressBulgaria Applauded for Adopting the Working Definition of Antisemitism
  5. EU2017EENorth Korea Leaves Europe No Choice, Says Estonian Foreign Minister Sven Mikser
  6. Mission of China to the EUZhang Ming Appointed New Ambassador of the Mission of China to the EU
  7. International Partnership for Human RightsEU Should Seek Concrete Commitments From Azerbaijan at Human Rights Dialogue
  8. European Jewish CongressEJC Calls for New Austrian Government to Exclude Extremist Freedom Party
  9. CES - Silicones EuropeIn Healthcare, Silicones Are the Frontrunner. And That's a Good Thing!
  10. EU2017EEEuropean Space Week 2017 in Tallinn from November 3-9. Register Now!
  11. European Entrepreneurs CEA-PMEMobiliseSME Exchange Programme Open Doors for 400 Companies Across Europe
  12. CECEE-Privacy Regulation – Hands off M2M Communication!

Latest News

  1. The mysterious German behind Orban's Russian deals
  2. Mogherini urged to do more on Russian propaganda
  3. Turkey funding cuts signal EU mood shift
  4. Posted workers top EU agenda This Week
  5. Leaders lobby to host EU agencies at summit's margins
  6. Legal tweak could extend EU control on Russia pipeline
  7. Ukraine language law does not harm minorities
  8. EU begins preparations for Brexit trade talks

Stakeholders' Highlights

  1. ILGA-EuropeHealth4LGBTI: Reducing Health Inequalities Experienced by LGBTI People
  2. EU2017EEEHealth: A Tool for More Equal Health
  3. Mission of China to the EUChina-EU Tourism a Key Driver for Job Creation and Enhanced Competitiveness
  4. CECENon-Harmonised Homologation of Mobile Machinery Costs € 90 Million per Year
  5. ILGA-EuropeMass Detention of Azeri LGBTI People - the LGBTI Community Urgently Needs Your Support
  6. European Free AllianceCatalans Have Won the Right to Have an Independent State
  7. ECR GroupBrexit: Delaying the Start of Negotiations Is Not a Solution
  8. EU2017EEPM Ratas in Poland: "We Enjoy the Fruits of European Cooperation Thanks to Solidarity"
  9. Mission of China to the EUChina and UK Discuss Deepening of Global Comprehensive Strategic Partnership
  10. European Healthy Lifestyle AllianceEHLA Joins Commissioners Navracsics, Andriukaitis and Hogan at EU Week of Sport
  11. Nordic Council of MinistersNordic Council Representative Office Opens in Brussels to Foster Better Cooperation
  12. UNICEFSocial Protection in the Contexts of Fragility & Forced Displacement