Thursday

27th Apr 2017

Feature

Les chasseurs de fake news prêts pour les élections

  • Marine Le Pen lève un graphique lors du débat présidentiel.

Les bureaux de Correctiv, un collectif de journalistes allemands, semblent déjà pleins à craquer.

Dans leur salle de rédaction de l'Est berlinois se trouve une estrade où une séance photo vient de prendre fin. Il y a des piles de livres et une cabine téléphonique britannique au milieu de meubles d'occasion et d'objets design modernes.

  • Correctiv, le collectif de journalistes allemands.

Dans un coin, un groupe de journalistes turcs exilés préparent un nouveau projet.

De la place va être faite pour que plus de monde puisse s'installer. Début avril, une équipe de quatre à cinq fact checkers (vérificateurs de faits) sera basée ici, à la recherche de "fake news" (fausses informations) à démentir en amont des élections allemandes de septembre prochain.

Pour David Schraven, l'un des fondateurs de Correctiv, lancer un tel service est incontournable, surtout en cette période.

"La désinformation est une menace réelle pour notre société. Nous faisons cela parce que nous voulons que le jour des élections, les gens prennent leur décision par rapport aux faits", explique-t-il.

La campagne électorale de Donald Trump aux États-Unis a été marquée par de violentes allégations et des théories du complot dans des médias souvent partisans et marginaux.

L'Allemagne et la France, où l'élection présidentielle se tient en avril et mai et les législatives en juin, sont particulièrement inquiètes. Les autorités ont fait pression sur les entreprises de réseaux sociaux pour qu'elles agissent les fausses informations qui circulent largement sur leurs réseaux.

La menace de se voir réglementer a poussé Facebook, en particulier, à s'attarder sur son rôle dans la montée des opinions extrémistes.

"Nous pensions qu’en reliant les gens, de bonnes choses allaient se produire, or cette vision devient maintenant de plus en plus complexe", a déclaré Richard Allen, le directeur de Facebook en Europe, lors d'une récente conférence au Parlement européen.

Le réseau social assure qu'il retire des informations si elles enfreignent ses propres règles, par exemple si elles contiennent des discours haineux ou sont publiées par des personnes utilisant des fausses identités.

Le géant américain ne retire cependant pas des articles simplement parce qu'ils véhiculent de fausses informations.

"Il existe des croyances religieuses, ou des affirmations en matière de santé que les gens ont parfaitement le droit de les partager, à condition qu'ils ne franchissent pas une certaine ligne, par exemple celle du discours haineux", a déclaré le patron de Facebook. Certains responsables politiques estiment que cel est insuffisant et veulent que les fausses informations soient complètement supprimées.

Facebook fait également la promotion de l'éducation aux médias auprès de ses utilisateurs et travaille avec des vérificateurs de faits externes dans le cadres d'initiatives sur la question.

Dans le cadre d'un projet pilote sera lancé en Allemagne début avril, les utilisateurs de Facebook sont invités à signaler des faits douteux, qui seront ensuite envoyés à Correctiv pour être vérifiés.

Si les vérificateurs de faits affirment que l'information est effectivement fausse, Facebook doit changer son algorithme afin qu'elle apparaisse plus bas dans les fils d’actualités des utilisateurs.

L'entreprise américaine a déjà lancé un projet similaire en France début mars.

Les Décodeurs

Une trentaine de médias, dont Le Monde, un journal français de référence, ont lancé encore plus tôt en 2014, leur propre section de vérification de faits, dénommée Les Décodeurs.

Pour l'instant, il n'y a pas autant de fausses informations repérées que ce que l’on pourrait le croire, note Maxime Vaudano, un journaliste du Monde.

"Ce n'est pas qu'il n'y en a pas, mais l'outil Facebook est encore assez récent et les gens n'ont pas encore le réflexe de les signaler", explique-t-il.

Il ajoute que Les Décodeurs ne vérifient que "les histoires virales, c'est-à-dire celles qui ont été publiées sur au moins trois sites Web".

Les services de sécurité français et allemands ont averti que la Russie, dont la machine de propagande en ligne a soutenu Trump aux États-Unis, pourrait interférer dans le vote des deux pays.

Mais jusqu'à maintenant, la plupart des informations suspectes semblent être venues de militants des partis traditionnels français.

François Fillon, le candidat du centre et de la droite, a récemment accusé le président sortant, François Hollande, d'avoir orchestré des fuites dans les médias pour ternir son image.

Mais il est possible que Fillon ait lu cette théorie du complot sur internet, car ces accusations non prouvées sur Hollande et son rôle dans les affaires judiciaires de Fillon circulent depuis plusieurs semaines.

Certains sites Web militants ont également accusé les médias de prendre parti en écrivant peu sur les sujets impliquant le candidat socialiste à la présidence, Benoît Hamon, alors qu’ils écrivaient de longs articles sur les différents scandales de Fillon.

Mais les deux cas sont très différents. Hamon a été accusé d'insulter quelqu'un sur Twitter alors que Fillon est mis en examen pour détournement d'argent public. Le Monde a d’ailleurs clarifié cela.

Le candidat centriste Emmanuel Macron, aurait par ailleurs été la cible de la propagande russe.

Il y a quelque temps, la télévision russe a laissé entendre qu'il était gay, et la rumeur a alors été répandue sur les réseaux sociaux.

Macron a par la suite démenti cette affirmation. Pour Vaudano, le journaliste du Monde, ce type de nouvelles ne peut pas être vérifié par des journalistes.

Tendance à la dénonciation

Quel que soit leur impact sur l'opinion publique, les projets pour réfuter les fausses informations sont de plus en plus à la mode.

RT, une télévision russe financée par l'État et qui est en même temps un media en ligne connu pour être un porte-voix du Kremlin, a récemment lancé sa propre version.

Les politiciens ont eux aussi commencé à vérifier les vérificateurs de faits.

Cela a été le cas lors du premier débat télévisé des candidats à la présidentielle française, le 20 mars, lorsque la candidate d'extrême droite Marine Le Pen, opposante à l'UE, a brandi un graphique.

Le schéma présentait des chiffres de l'OCDE, l'organisation des pays industrialisés basée à Paris, qui était supposé démontrer que la production industrielle en Allemagne avait augmenté après l’introduction de l’euro en 2001, tandis qu'elle avait diminué en France.

Les Décodeurs ont dénoncé une "manipulation", affirmant que Le Pen avait eu tort d'avoir utilisé l'année 2001 comme année de base parce que cela amplifié à tort l'importance de cette date.

L'équipe du Monde a également publié un autre graphique en utilisant 2010 comme année de base, qui démontrait une tendance complètement différente de celle présentée par Le Pen. On peut y voir que le niveau de la production allemande était liés aux réformes du marché du travail et aux réductions des aides sociales (Agenda 2010) ainsi qu'à la monnaie unique.

Le Pen a répondu sur son blog que les critiques par rapport à sa comparaison faite avec l’année 2001 étaient injustifiées et traité les journalistes d’antipatriotes.

Comme l’on pouvait s'y attendre, Le Monde n'a pas réussi à convaincre les fans de Le Pen, dont une a écrit sur la page Facebook de la leader d'extrême droite: "Je suis sûre que vous avez raison sur l'euro et sur la fermeture des frontières. Mon mari a été licencié il y a deux ans. Son usine a été délocalisée en Pologne. Bientôt ils vont réduire ses prestations, nous ne savons pas quoi faire. Je suis entièrement d'accord qu'il est temps de changer les choses."

Une autre personne a ajouté: "Ce que les journalistes ne comprennent pas, c'est que nous voulons que Marine soit au pouvoir, elle prendra ses propres décisions sans penser à ce que les autres pensent."

Vaudano, qu'EUobserver a interrogé avant le débat, reconnait les limites que comporte la vérification des faits. "Nous n'essayons pas de convaincre ceux qui ne veulent pas croire aux faits, mais d'avertir ceux qui y croient", dit-il.

Comment vérifier les vérificateurs ?

Mais quel est le degré d'objectivité du Monde même ?

Le quotidien français a qualifié les affirmations de Le Pen comme de fausses sans même mentionner le fait que de nombreux experts estiment aussi que l'euro a bénéficié à l'Allemagne, ce que l'on pourrait finalement qualifier d’histoire biaisée de la part du Monde.

Ne serait-il pas préférable de discuter des idées de Le Pen, plutôt que de dire qu'elle a tort à cause d'un graphique?

Les Décodeurs ont déjà été critiqués pour avoir qualifié le magazine de gauche Fakir de "peu fiable", tout en donnant un certificat de crédibilité à Valeurs Actuelles, une publication souvent accusée de promouvoir des opinions réactionnaires, voire d'extrême droite.

David Schraven, le fondateur de Correctiv en Allemagne, qu'il était sûr qu'il y aurait des erreurs quand son projet de vérification des faits sera opérationnel.

"C’est le genre de choses qui arrive. Il faudra alors en débattre, présenter des points de vue différents et laisser le public décider", dit-il.

Il ajoute cependant que les écueils n'empêchent pas son travail de contribuer positivement à la transparence des médias.

"Il y a des informations fausses un peu partout, et les gens y croient et prennent des décisions basées sur ces histoires non fondées," dit-il.

"Je ne veux pas m'asseoir et attendre de trouver la définition parfaite des fausses informations. Cette tâche, je la laisse à d’autres. Je me soucie du problème en lui-même,"

Cet article a été originellement publié en anglais

This article was originally published in English

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